L'alphabétisation... «Infantisme»
Manoly10 июня 2024L'alphabétisation émotionnelle consiste à apprendre à identifier, à accepter et à réguler ses émotions. Ces émotions, comme l'indique leur étymologie (movere, « bouger » en latin), ne sont pas statiques. Telles des vagues, elles surviennent et nous traversent, avec une intensité croissante d'abord, puis décroissante, puis elles passent. De 0 à 5 ans, un enfant vit chaque jour des aventures merveilleuses, des chagrins et des frustrations terribles, des joies intenses, et des douleurs physiques lorsqu'il se fait mal. Un enfant doit apprendre que, s'il a du chagrin, pleurer lui fera du bien. L'émotion, une fois vidée, disparaîtra comme elle était venue. Aujourd'hui, rares sont les parents qui parviennent à mener à bien l'alphabétisation émotionnelle de leurs enfants. Certains parents, qui observent leurs enfants, vont entamer cette démarche de manière autodidacte. Ceux qui y parviennent ont souvent appris à tolérer leur propre inconfort émotionnel grâce à la pratique de la méditation ou du yoga, qui enseignent à se connecter à son corps et à observer les sensations étranges qui le traversent en permanence sans pour autant chercher à les faire disparaître. S'ensuivent naturellement une meilleure conscience des besoins du corps, et un moindre recours aux distractions. L'alimentation, par exemple, ne s'autorégule ni dans la privation ni dans la compensation.
L'alphabétisation émotionnelle semble facile de prime abord, mais elle nécessite en réalité un accompagnement rapproché des adultes et énormément de patience. Ce dont il ne s'agit pas : 1) punir l'enfant pour sa détresse émotionnelle (colère, frustration, chagrin) ; 2) abandonner l'enfant à sa détresse émotionnelle (lui dire de filer dans sa chambre et de revenir quand il se sera calmé seul) ; 3) céder à ses caprices ou le laisser avoir des comportements destructeurs, envers lui-même, les autres, ou des objets. Ce dont il s'agit : enseigner au quotidien à l'enfant à identifier ses émotions, à accepter de les ressentir et à en comprendre le sens. Lorsque l'enfant est en détresse, l'adulte peut commencer par le prendre dans ses bras, en nommant l'émotion, par exemple : « Je vois que tu es triste. » Il faut ensuite prendre le temps de rester avec lui jusqu'à ce que la vague redescende. Ces quelques minutes peuvent paraître interminables si l'on pense à toutes les tâches domestiques qui restent à expédier avant le coucher. Mais en prenant réellement le temps (sans s'impatienter), l'adulte montre à l'enfant qu'il n'est pas seul, et qu'il peut traverser ce moment douloureux sans chercher à accélérer sa résolution. Lorsqu'il est accompagné, corégulé, l'enfant peut sentir ses émotions, les verbaliser, pleurer, crier ou se défouler en toute sécurité en frappant dans un coussin. L'enjeu est de ne pas le laisser seul lorsqu'il arrive en haut de la vague émotionnelle ni de le pressurer pour qu'il en redescende plus vite. Il apprend ainsi à accueillir ses vagues émotionnelles, ces montagnes russes, tout en se sachant « bien accroché » : il monte jusqu'en haut, et finira toujours par redescendre. Lorsqu'il est petit, la présence d'un adulte bienveillant lui permet de se coréguler. Il retient qu'il n'a pas besoin de réprimer son émotion par peur, honte ou crainte de gêner les autres. Plus tard, il apprendra à faire cette démarche seul, c'est-à-dire à s'autoréguler.
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