L'éducation en France, en... «Infantisme»
Manoly3 июня 2024L'éducation en France, en famille ou à l'école, ne prend pas le développement émotionnel suffisamment au sérieux. Cela change doucement, mais notre culture éducative reste fortement influencée par l'idée qu'un bon enfant est un enfant sage, qui ne parle pas, ne bouge pas et ne perturbe pas les adultes par l'expression de ses émotions. Les adultes d'aujourd'hui sont d'anciens enfants qui, certes, ont fait l'objet de moins de violences physiques (gifles, fessées, coups) que les générations précédentes, mais qui ont très souvent été réprimés sur le plan émotionnel par des injonctions du type « Arrête de pleurer », ou par des réactions consistant à les rejeter ou à les isoler lorsqu'ils pleurent. Cette punition par l'isolement est employée par les parents à tout âge, du cry it out qui consiste à laisser les bébés pleurer seuls jusqu'à ce qu'ils s'endorment au time out pour les enfants qui testent l'autorité. Les adultes aiment à croire que l'isolement apprend à l'enfant à s'apaiser seul. En réalité, sa fonction première est de soulager les adultes de l'agacement que leur cause la détresse émotionnelle de l'enfant, enfant qui, lui, apprend à se couper de ses émotions pour ne plus être puni. Dans le meilleur des cas, lorsqu'il n'est pas puni, il est hâtivement incité à se distraire de son émotion. Même si les distractions proposées sont d'apparence banale – une tétine, un écran –, il perçoit l'angoisse de l'adulte, sa hâte, et en déduit que l'inconfort émotionnel est quelque chose de grave qu'il s'agit de faire cesser au plus vite. (...) De nombreux enfants apprennent ainsi à éviter ou à interrompre leurs émotions plutôt qu'à les traverser (...)
Ce conditionnement fait de nous des proies idéales pour la surconsommation. Nous cherchons à nous distraire des émotions inconfortables (ennui, colère, honte, tristesse, culpabilité, angoisse de performance) (...) Faute d'avoir appris à accueillir et à tolérer ces émotions, nous nous en détournons à grand renfort d'addictions : écrans, grignotage, achats compulsifs, travail, relations superficielles multiples, quête de « likes » sur les réseaux sociaux.
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