En tant que pédopsychiatre,... «Infantisme»
Manoly3 июня 2024En tant que pédopsychiatre, je suis parfois amenée à accompagner des adolescents dont les parents, carriéristes et ambitieux, noient leurs carences affectives dans le travail (...) peinent à comprendre les besoins de leur enfant : être aimé inconditionnellement, c’est-à-dire avoir le droit de ne rien accomplir de particulier et d’être pourtant digne d’attention et de tendresse. Je me souviens de deux parents qui ne rentraient du travail qu’à 21 heures et considéraient que leur enfant de 11 ans faisait un caprice lorsqu’il réclamait leur attention, refusant de manger tant qu’ils ne lui avaient pas accordé un peu de temps : une discussion, un jeu, un câlin. Du point de vue des parents, l’enfant avait déjà joué avec la jeune fille au pair et ne devait pas perturber l’agenda minuté de la soirée. En vain, j’expliquai que tout enfant a besoin de tendresse, de contact physique et de la certitude que ses parents se montreront disponibles pour lui s’il en a réellement besoin. Tant que cette présence est concédée brièvement et à contrecœur, le manque affectif persiste. Ces parents étaient incapables de saisir la nature d’une expérience émotionnelle dont ils avaient eux-mêmes été privés étant enfants. Malgré une excellente intelligence « logique » (celle que l’on mesure par le quotient intellectuel), leurs carences affectives les rendaient dépourvus d’intelligence émotionnelle. Mais qui saurait donner à autrui l’amour qu’il n’a jamais reçu ? Ce qui me préoccupe, avec un regard de sociologue, c’est que ces parents se trouvent être dans des positions d’autorité hiérarchique au travail. Ils façonnent la culture du travail de grandes organisations dans le sens qui leur paraît naturel, familier, tout en étant bien intentionnés. Ces adultes carencés, qui ont une moindre sensibilité aux manifestations de la souffrance humaine et du vivant, ont un pouvoir de nuisance massif sur notre société, car ils influencent indirectement la vie de nombreuses personnes, à commencer par celle de leurs subordonnés. Hélas, notre système valorise ces carences affectives : celles-ci procurent un avantage dans des univers compétitifs et impersonnels tels que les lycées d’élite, les classes préparatoires, les grandes écoles ou le sommet hiérarchique de multinationales. Mon rêve – il est doux de rêver – serait que l’on arrête de produire des enfants carencés sur le plan affectif pour devenir nos futurs dirigeants.
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