PRÉFACE

Un ami d'enfance de mon père s'étant rappelé dernièrement que l'une de ses premières productions avait été insérée dans une revue de Vilna, la fit rechercher; et il vient de m'en envoyer une copie, que je crois devoir communiquer au public.

Ce n'est guère qu'une esquisse; mais les amis des belles-lettres, ainsi que les amis des arts, ont toujours eu une curiosité pieuse pour les esquisses des maîtres. On peut considérer le présent écrit comme le canevas d'un poëme. Il a paru anonyme dans le no 123 du Tygodnik Wilenski du 28 février 1819 (mon père n'avait alors que 20 ans). Le style en est archaïque. Et le titre portait l'indication que la légende était tirée d'anciens manus- crits polonais communiqués à la rédaction par P. S. F. Z. C'est la même pensée qui a inspiré Grazyna, puis Wallenrod, et c'est aussi le même procédé.

Sous l'empire d'une censure ombrageuse, l'écrivain patriote s'est trouvé souvent réduit au rôle du fabuliste qui, dans l'impossibilité de mettre les hommes en scène, fait parler les animaux et trouve ainsi le moyen de produire par l'apologue la vérité proscrite de la vie politique. Et c'est ce que notre Niemcewicz exécuta avec tant de talent et d'esprit. Adam Mickiewicz, afin d'exprimer les devoirs envers la patrie a parfois choisi ses personnages à une époque assez éloignée pour que leurs paroles, transparentes aux yeux des compatriotes, ne semblassent que de l'histoire ancienne aux yeux de l'ennemi. Des créations pareilles ont entretenu l'amour de la patrie polonaise et la haine de l'oppression étrangère.

Ladislas Mickiewicz.

Paris, 21 Mai 1860.

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