Il a fallu comparaître devant un nouveau tribunal qui s'est assemblé, comme celui de Kronstadt, dans la grande chambre de notre bâtiment. Les mêmes questions m'ont été adressées avec la même politesse, et mes réponses traduites avec les mêmes formalités.
«Que venez-vous faire en Russie?
—Voir le pays.
—Ce n'est pas là un motif de voyage. (N'admirez-vous pas l'humilité de l'objection?)
—Je n'en ai pas d'autre.
—Qui comptez-vous voir à Pétersbourg?
—Toutes les personnes qui me permettront de faire connaissance avec elles.
—Combien de temps comptez-vous rester en Russie?
—Je ne sais.
—Dites à peu près?
—Quelques mois.
—Avez-vous une mission diplomatique publique?
—Non.
—Secrète?
—Non.
—Quoique but scientifique?
—Non.
—Etes-vous envoyé par votre gouvernement pour observer l'état social et politique de ce pays?
—Non.
—Par une société commerciale?
—Non.
—Vous voyagez donc librement et par pure curiosité?
—Oui.
—Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers la Russie?
—Je ne sais, etc., etc., etc.
—Avez-vous des lettres de recommandation pour quelques personnes de ce pays?»